Deux cultures. Une identité.
Du ring au grand écran : le « dur » au cœur tendre
Lino Ventura naît le 14 juillet 1919 à Parma, en Émilie-Romagne, sous le nom d'Angiolino Giuseppe Pasquale Ventura. Son père, Giovanni Ventura, est bottier ; sa mère, Luisa Borrini, est issue d'une famille modeste. L'Italie de l'après-Première Guerre mondiale est marquée par la pauvreté et l'émigration : comme des centaines de milliers d'Italiens, la famille Ventura quitte le pays pour la France. Lino arrive en France encore enfant et grandit à Paris et en banlieue. Il conserve un lien fort avec l'Italie tout en s'intégrant pleinement à la société française — il apprend le français, travaille, fait son service militaire en France et épouse une Française.
Cette trajectoire d'immigré italien devenu pilier du cinéma français est emblématique de l'histoire franco-italienne du XXe siècle. Ventura n'a jamais renié ses racines ; il les a portées avec une forme de pudeur et de dignité qui a renforcé l'affection du public. Son physique massif, son visage buriné et son accent léger rappelaient une origine que les Français ont fini par associer à la loyauté, au courage et à l'humanité.
Avant le cinéma, Lino Ventura est lutteur professionnel (catégorie poids moyen-lourd) sous le pseudonyme « Lino Borrini ». Une blessure met fin à sa carrière sportive. Il enchaîne alors des métiers — docker, ouvrier — avant d'être remarqué par le réalisateur Jacques Becker, qui lui propose un rôle dans Touchez pas au grisbi (1954), aux côtés de Jean Gabin. Ventura incarne Angelo, un truand sans pitié : le film est un triomphe et lance sa carrière d'acteur. Il enchaîne avec des rôles de gangster ou de flic dans le polar français : Le Gorille vous salue bien, Classe tous risques (1960), où il donne la réplique à Jean-Paul Belmondo.
En 1963, il entre dans la légende avec Les Tontons flingueurs de Georges Lautner : son personnage de « Fernand », ex-gangster rappelé pour une affaire de famille, et ses répliques cultes (« Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît ») en font une icône du cinéma populaire. Il tourne ensuite L'Aventure c'est l'aventure (1972) avec Claude Lelouch, La Gifle (1974), Les Misérables (1982) en Javert, et de nombreux autres films. Il alterne rôles de dur et personnages plus touchants, et s'impose comme l'un des acteurs les plus aimés du cinéma français.
En 1966, Lino Ventura fonde l'association Perce-Neige avec son épouse Odette, après la naissance de leur fille Linda, atteinte de handicap. Perce-Neige a pour but de venir en aide aux personnes handicapées et à leurs familles, notamment par la création de foyers et de structures d'accueil. Ventura s'engage sans compter : galas, appels aux dons, visibilité médiatique. Cette cause lui tient à cœur jusqu'à sa mort, le 22 octobre 1987 à Saint-Cloud. Perce-Neige perdure aujourd'hui et reste indissociable de son nom.
Lino Ventura reste l'un des acteurs les plus populaires de l'histoire du cinéma français. Son image de « dur au grand cœur », son intégrité et son engagement humanitaire en font une figure exemplaire de la communauté francitalienne et du cinéma français.
"Les cons ça ose tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît."— Réplique culte, Les Tontons flingueurs (Michel Audiard)