Deux cultures. Une identité.
Ingénieur, coach sportif et bâtisseur de ponts entre deux cultures
Tout commence dans le Latium, au sud de Rome, dans la province de Frosinone. La famille de sa grand-mère est originaire de Cassino, ville martyre de la Seconde Guerre mondiale, reconstruite pierre après pierre par ses habitants avec ténacité.
Sa grand-mère a grandi en France, faisant des allers-retours de temps à autre entre Lyon et Cassino jusqu'au décès de ses parents. Un jour, elle tombe amoureuse d'un Français, puis se marie. Ce qui aurait dû être simplement une belle histoire d'amour devient aussi une rupture administrative brutale.
Avant 1948, la loi italienne était implacable : toute femme italienne épousant un étranger perdait automatiquement sa nationalité. Du jour au lendemain, sa grand-mère n'était plus italienne aux yeux de l'État. Un trait de plume administratif a effacé ce qui ne peut pourtant pas l'être — une langue, des souvenirs, une terre, un sang.
Des milliers de femmes italiennes ont subi le même sort. Mariées par amour à des Français, des Belges, des Suisses, elles se retrouvaient apatrides de leur propre histoire. Mais cette loi ne leur a pas seulement retiré un passeport — elle les a muselées. Privées de leur nationalité, ces femmes ont peu à peu cessé de parler leur langue, de transmettre leurs traditions, de revendiquer leurs origines. Elles se sont tues pour s'intégrer, et leur silence a participé à un effacement culturel profond. Des dialectes se sont éteints dans des cuisines françaises, des recettes de nonna ont été oubliées, des prénoms italiens ont été francisés — toute une mémoire s'est dissoute dans la volonté de ne plus faire de vagues.
Ce n'est qu'en 1948, avec la nouvelle Constitution italienne, que cette injustice a pris fin — mais sans effet rétroactif pour celles qui avaient déjà tout perdu. Et pour leurs descendants, le mal était fait : des générations entières ont grandi coupées de leurs racines, ignorant parfois jusqu'au village d'où venait leur famille.
Cette blessure silencieuse, transmise de génération en génération, est restée gravée dans la mémoire familiale. Elle est devenue le moteur d'un projet.
Ingénieur DevOps et webmaster du site Francitaliens — Romain Collin a décidé de mettre ses compétences au service d'une cause personnelle devenue collective. Car si une administration a pu briser un lien de nationalité, aucun formulaire au monde ne peut défaire un lien de culture.
Francitaliens est né de cette conviction : il fallait créer un espace où les Français d'origine italienne puissent retrouver, célébrer et transmettre leur héritage. Un lieu numérique où les histoires de familles comme la sienne — ces récits de déracinement, de dialectes oubliés, de traditions effacées — ne disparaissent pas dans le silence.
Francitaliens n'est pas qu'un site web. C'est un lieu pour se retrouver, pour renouer les fils d'une histoire commune. Un espace où la technologie sert la mémoire, où le numérique rapproche ce que la distance et le temps ont éloigné.
À travers ce projet, Romain Collin souhaite réunir les plus de 4 millions de Français d'origine italienne. Ceux dont les grands-parents se sont fondus dans la vie française, emportant avec eux une part d'Italie qui ne demande qu'à revivre.
"Francitaliens existe pour que cette mémoire vive, et pour que plus personne ne brise ce qui nous lie."— Romain Collin, fondateur de Francitaliens