Stendhal et l'Italie
Stendhal (Henri Beyle, 1783–1842) entretient une passion durable pour l'Italie, qu'il visite à de nombreuses reprises et où il situe une part essentielle de son œuvre. Le Rouge et le Noir (1830) et surtout La Chartreuse de Parme (1839) plongent le lecteur dans l'Italie des petites cours et des intrigues. Stendhal a aussi laissé des récits de voyage (Rome, Naples et Florence, Promenades dans Rome) et des chroniques sur l'art et la vie italienne.
Son amour de l'Italie — qu'il oppose souvent à une France qu'il juge mesquine — a contribué à façonner l'image romantique de l'Italie en France. Il a demandé que son épitaphe porte : « Arrigo Beyle, Milanese ». Cette identification à l'Italie fait de lui une figure majeure du lien littéraire entre les deux pays.
Émile Zola fils d'Italien
Émile Zola (1840–1902) est le fils de Francesco Zola, ingénieur vénitien venu en France pour construire le canal d'Aix-en-Provence, mort alors qu'Émile n'avait que sept ans. Cette ascendance italienne est peu mise en avant dans la mémoire nationale, alors qu'elle fait de l'auteur des Rougon-Macquart un Francitalien par filiation. Zola incarne le naturalisme, l'engagement (l'affaire Dreyfus, J'accuse) et le roman social ; son œuvre est traduite et étudiée en Italie comme en France.
Son parcours rappelle que l'immigration italienne en France a produit des figures intellectuelles de premier plan. Le lien entre identité franco-italienne et création littéraire trouve en Zola un exemple emblématique.
Les écrivains italiens à Paris
Paris a longtemps attiré les écrivains italiens. Italo Calvino a vécu plusieurs années à Paris, où il a fréquenté l'Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) et publié chez des éditeurs français ; son œuvre, traduite et admirée en France, incarne une littérature à la fois narrative et réflexive. Umberto Eco, sémioticien et romancier, avait des liens étroits avec le monde intellectuel français — il a enseigné et été invité dans de nombreuses universités et médias — et Le Nom de la rose a connu un succès considérable en France.
D'autres auteurs italiens (Elena Ferrante, Erri De Luca, etc.) sont largement lus en traduction française. Paris reste un pôle d'attraction et de diffusion pour la littérature italienne, tandis que les prix et les résidences d'écrivains favorisent les échanges.
La traduction comme pont
La traduction joue un rôle central dans le rapprochement des littératures française et italienne. Des traducteurs et traductrices ont fait connaître en France Dante, Pétrarque, les classiques du XXe siècle (Pavese, Moravia, Sciascia) et les auteurs contemporains. Réciproquement, la littérature française est abondamment traduite en italien. Les maisons d'édition des deux pays coproduisent des collections et des lancements.
Les festivals, salons du livre et rencontres d'auteurs (Paris, Turin, Mantoue, etc.) multiplient les occasions de dialogue. La littérature franco-italienne ne se limite pas aux auteurs d'origine mixte : elle englobe tout un réseau de textes, de traductions et de lecteurs qui font vivre un espace culturel commun.